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Vincent Leliévre

Dessine city

Vous vous souvenez de l’époque où vous dessiniez des maisons ? Vous aviez 5 ans et vous étiez assis à côté de la petite Fanny, en classe de grande section. Elle, son truc, c’était les portes énormes. Vous, c’était plutôt les petites fenêtres accrochées aux deux coins supérieurs du rectangle, sous le toit. C’était chouette, non ? Et bien il y en a un que cette passion n’a jamais quitté. Il l’a même élevée au rang d’art.

A 14 ans, Vincent Lelièvre a commencé à créer des villes entières du bout de son crayon, avant de s’arrêter et d’observer une « période d’abstinence », comme il le dit lui-même, entre 30 et 37 ans. Il rencontre alors le peintre Michel Degand, qui l’encourage à se relancer, lui redonne le goût de créer. Résultat, des cités imaginaires, des façades, des bâtiments, qu’il ne cesse de crayonner partout, tout le temps, dans tous les formats. Tout s’enchaîne assez vite, avec la découverte d’Instagram il y a trois ans. Il compte à ce jour près de 30 000 abonnés, vend et expédie ses dessins partout dans le monde.

L’artiste lui-même est étonné de cet engouement. Tout l’enchante : ces témoignages d’affection, ces reproductions à l’identique de certains de ses dessins par des abonnés, ces œuvres inspirées par les siennes, jusqu’à ces communautés de fans de son travail particulièrement fortes au Brésil et en Iran.

D’où vient cette obsession ? « J’ai toujours été captivé par les détails des façades, explique Vincent. Chaque ville a sa propre personnalité. Chacune est un paysage en soi. Ce n’est pas pour rien que la mode est aux city trips. »
Les architectes sont nombreux à trouver son travail remarquable. Ce qui donne parfois l’impression à ce graphiste de formation d’être le patient donnant des conseils à un médecin. L’important pour Vincent Lelièvre reste l’image. Pas de plan dans ses dessins. « Je commence sans savoir où je vais. Je serais d’ailleurs incapable de refaire certaines choses que j’ai faites. »

Vincent dessine tôt, vers 5 heures du matin, avant d’aller au boulot. « En ce moment, ça me réveille, même. Cela prend de plus en plus d’importance. Je ne pense plus qu’à çà. » Le temps passé pour arriver au bout d’un grand format est de trois mois. Beaucoup moins pour un dessin de la série « Little House ». Les séances de travail se font par à-coups. Vincent travaille toujours sur plusieurs « chantiers » à la fois. Il doit renouveler son stock de stylos et de cadres chaque semaine. « Au fil du temps, mon trait se perfectionne. C’est en faisant que j’apprends. Je produis beaucoup puisque j’ai beaucoup de demandes. Mais tout n’est pas à vendre. J’ai une affection pour certaines œuvres, surtout celles du début. »
Reste que son travail plaît. Beaucoup. A tous. Et que les sollicitations affluent. L’entreprise Eiffage et la Brasserie historique de l’abbaye du Cateau ont ainsi souhaité afficher les maisons de Vincent, sur leurs palissades pour la première, sur les étiquettes d’une cuvée spéciale pour la seconde. La Condition publique lui a demandé d’exécuter en direct, lors du vernissage en mars prochain de sa saison sur l’habitat, un dessin qui sera projeté sur écran géant.

Il y a quelque chose de paradoxal dans les dessins de Vincent. Ils sont à la fois enfantins et très élaborés. Jubilatoires et structurés. Un sens du détail et de la perspective. Des paysages ludiques et majestueux dans lesquels on se promène. Des labyrinthes urbains dans lesquels on se retrouve à se perdre, entre jeu et méditation. Une dimension spirituelle dans ces « petits » dessins. « Je faisais ça au départ pour être dans mon monde, dans ma ville. Aujourd’hui, les gens s’approprient ces dessins. C’est le plaisir de l’échange, de laisser une trace quelque part. Certaines œuvres seront détruites, perdues, mais d’autres resteront, seront peut-être même transmises. »

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